MAGAZINE CONSTAS

Le Saguenay, il y a 20 ans / Chronique d’un déluge annoncé

50 heures. 300 mm d’eau. 1 G$ de dommages

Le 19 juillet 1996, des pluies diluviennes s’abattent sur le Saguenay—Lac-Saint-Jean. Pendant 50 heures, il tombe près de 300 millimètres d’eau. Bientôt, le bassin du lac Kénogami déborde, l’eau submerge les digues, une déferlante de deux mètres engloutit La Baie et Chicoutimi, détruisant tout sur son passage. Les dommages se chiffrent à plus d’un milliard de dollars.

Par Marie Gagnon

Lorsque la pluie s’est mise à tomber en ce vendredi noir de juillet, personne n’aurait imaginé une catastrophe d’une telle ampleur. Ni d’une telle violence. Les événements s’enchaînent en effet à une vitesse folle. En début de soirée, un premier glissement de terrain est signalé à Saint-Fidèle, dans Charlevoix, forçant la fermeture de la route 138 dans le secteur. Rapidement, le scénario se répète ailleurs.

Le bassin versant du lac Kénogami, qui reçoit 245 millimètres de pluie, est bientôt surchargé. À Laterrière, le barrage Portage-des-roches est sur le point de céder. Les vannes sont ouvertes et un flot de 1 200 mètres cubes par seconde (m3/s) vient s’ajouter aux pluies torrentielles. La rivière Chicoutimi se met à grossir. Malgré l’ouverture des vannes, les barrages situés en aval sur la rivière Chicoutimi sont débordés. C’est le déluge.

Les inondations de 1996 sont sans contredit l’une des catastrophes naturelles les plus marquantes de l’histoire du Québec. Selon les archives du Musée du fjord, 57 municipalités ont subi des dommages, dont 27 pour un montant supérieur à 100 000 dollars, parmi lesquelles les villes de La Baie, Chicoutimi, Jonquière, Laterrière et L’Anse-Saint-Jean sont les plus durement touchées.

Les dégâts sont particulièrement étendus à La Baie, qui se retrouve littéralement coupée du reste du monde. La crue a en effet tout balayé sur son passage, emportant les routes et détruisant le pont Georges-Abel, sur la rivière à Mars, et le viaduc de la route 170, sur la rivière Ha! Ha!, en plus d’endommager le pont Claude-Richard et le viaduc du boulevard de la Grande-Baie.

 

Secteur Grande- Baie,
le 27 juillet 1996

Rebâtir une région

La reconstruction, qui s’est échelonnée sur trois ans, a coûté pas moins de 300 millions de dollars. À elle seule, la réhabilitation de l’infrastructure publique – les stations de pompage ont notamment été détruites –, représente une facture de 50 millions. Trente millions ont aussi servi à la restauration des embouchures des rivières Ha! Ha! et à Mars, ensevelies sous la boue et les sédiments.

Leurs estuaires ont notamment été dragués, leurs lits redéfinis et leurs berges stabilisées. Au final, près de 100 000 mètres cubes (m3) de sable, de pierre et de gravier transportés par la crue, ont été déblayés. Et plus de 700 000 m3 de pierre ont servi à remblayer les secteurs érodés par l’eau.

Au final, près de 750 millions $ ont été versés aux municipalités pour effacer les traces de ce drame horrible.

Les stations de pompage et la prise d’eau ont aussi été anéanties à Chicoutimi, lorsque la rivière Chicoutimi a pris d’assaut les barrages Pont-Arnaud et Chute-Garneau. Pour réparer les dégâts, une centaine de chantiers de construction, d’une valeur totale de 80 millions de dollars, sont lancés entre la mi-août et la mi-novembre, dont le rétablissement d’une des bretelles d’accès du pont Dubuc, sectionnée sous la force des eaux de la rivière Saguenay.

Ces chantiers permettront notamment de remblayer les tranchées creusées par la rivière pour se frayer un chemin au pied des ouvrages, dont une tranchée profonde de 18 mètres à Chute-Garneau. Dans ce secteur, les travaux de réhabilitation se sont élevés à 20 millions de dollars. La stabilisation des berges de la rivière Chicoutimi a nécessité de son côté l’excavation d’environ 15 000 m3 de sable et de gravier, et le remblayage de 12 000 m3 de pierre.

Même si la gravité du sinistre est moins importante à L’Anse-Saint-Jean, le débordement de la rivière Saint-Jean a tout de même occasionné de coûteux dommages aux infrastructures routières. Au cœur du village, la rue Saint-Jean-Baptiste a littéralement été grugée par les eaux en furie et la route 170 a été sectionnée sur 1,1 kilomètre. Le 31 décembre, la municipalité avait touché des indemnités de plus de 9 millions, dont 78 % pour la reconstruction seulement.

La route 381, entre La Baie et Ferland, a été presque complètement détruite par les pluies torrentielles.

Une facture salée

Au final, près de 750 millions de dollars ont été versés aux municipalités pour effacer les traces de ce drame horrible. De son côté, le ministère des Transports (MTQ) a consacré plus de 100 millions à la réhabilitation du réseau routier de la région, dont 50 millions pour la reconstruction de 50 km de routes et 31,4 millions en contrats de toute sorte. Sans compter les frais associés aux mesures d’urgence.

« Dès le soir du 19 juillet, tous les ministères membres de l’Organisation de la sécurité civile du Québec se sont mobilisés pour venir en aide aux sinistrés et aux municipalités, relate Véronique Lalancette, porte-parole du MTQ. Par mesure de sécurité, des ponts et des routes ont été fermés et des approches renforcées.
« Comme celles du pont Dubuc, qui ont protégées avec 30 000 tonnes de pierre, ou le pont de l’autoroute 70, où 10 000 tonnes de pierre de gros calibre et 120 m3 de béton ont été déposés, indique-t-elle. Dans les jours qui ont suivi, la priorité a été de rétablir la circulation routière et de surveiller les ouvrages endommagés par les crues. » •