MAGAZINE CONSTAS

Transformation numérique des entreprises

Un passage inévitable pour leur survie

Dossier Constas / Congrès 2024 
Maîtriser les changements
de cette nouvelle ère

« Si l’on parle de l’humain au cœur de cette transformation numérique, c’est justement parce qu’il faut impliquer l’humain dans la compréhension de la technologie, mais aussi dans son intégration. » — Francis Bissonnette

Les technologies numériques ont largement fait progresser les pratiques de construction ces dernières décennies. Elles reposent plus que jamais sur le partage de l’information et la collaboration humaine.

Par Jean Garon

Francis Bissonnette, fondateur et président du conseil d’administration de Batimatech.
CR: Nidesco

En cette ère des technologies numériques, quelle entreprise peut réellement s’en passer dans la conduite de ses affaires ? Aucune, répondra à coup sûr Francis Bissonnette, fondateur et président du conseil d’administration de Batimatech, un organisme à but non lucratif qui prêche en faveur de l’innovation et de l’intégration de solutions technologiques et d’équipements innovants dans l’industrie de la construction. Et pour cause, les enjeux de productivité, d’efficacité et de rentabilité y sont extrêmement importants pour la survie même des entreprises.

Parmi ces enjeux, mentionne-t-il en entrevue, il y a celui de l’adaptation des compétences aux nouvelles technologies au sein des équipes qui œuvrent dans l’entreprise et de l’inévitable gestion du changement qui en découle. Selon lui, il faut non seulement surmonter la résistance au changement, mais susciter aussi la collaboration à tous les niveaux d’intervention interdisciplinaire et d’affaires, y compris celle de la direction de l’entreprise.

Francis Bissonnette fait notamment référence à l’utilisation de plus en plus répandue de plateformes collaboratives où chaque intervenant peut interagir à divers niveaux professionnels et sous différentes applications. L’Industrie se fie davantage à ce genre d’application dans un processus de conception et de construction intégré, comme celui servant à la modélisation des données du bâtiments, mieux connu sous l’acronyme anglais BIM (Building Information Modeling).

Il donne d’autres exemples d’équipements dont les usages ont beaucoup évolué ces dernières années, notamment les drones. Ceux-ci servent à effectuer des inspections, à assurer le suivi de chantier, à évaluer l’état d’avancement des travaux et à planifier les prochaines étapes ou encore à obtenir des données pour procéder à diverses analyses et évaluations. Il y a aussi l’usage d’exosquelettes avec des outils qui nécessitent une motricité. Ça permet à la fois d’atténuer les risques d’épuisement tout en ménageant la santé des travailleurs, mais aussi d’accroître la productivité sur les chantiers.



Surmonter craintes et contraintes

« Si l’on parle de l’humain au cœur de cette transformation numérique, c’est justement parce qu’il faut impliquer l’humain dans la compréhension de la technologie, mais aussi dans son intégration. On ne peut pas juste dire que ça s’en vient, prévient Francis Bissonnette, parce qu’on est déjà dedans. Il y a des entreprises qui l’ont très bien compris, qui créent pleins d’éléments de contrôle, tels des tableaux de bord qui leur permettent d’être plus productives, plus compétitives. »

Quant à la menace à la sécurité d’emploi, on n’en est vraiment pas là, en considérant les problèmes que posent actuellement le vieillissement et la pénurie de la main-d’œuvre. Pas plus que le manque de temps des gestionnaires pour s’occuper de ces questions.

Francis Bissonnette se veut toutefois rassurant en rappelant que tous les changements technologiques ne s’appliquent pas à tout le personnel d’une organisation en même temps. Par exemple, les systèmes de comptabilité, d’estimation et de gestion de projets ne concernent que les employés qui y sont affectés. Ce sont des compétences particulières qui peuvent être appliquées de façon transparente dans l’organisation. Du reste, les entreprises ne sont plus limitées à développer elles-mêmes des applications et systèmes sur mesure pour assurer leur transition numérique. Il existe déjà quantité d’applications adaptées et prêtes à utilisation pour ses opérations.

Par où commencer ?

Comment procéder pour s’adapter aux changements technologiques dans l’industrie de la construction ? Francis Bissonnette suggère de créer avant tout un comité de travail qui identifiera les compétences ou les personnes les plus aptes à intégrer les changements. Ce peut-être soit par une incitation à participer à un événement extérieur comme le grand Batimatech ou à l’une des formations spécialisées offertes à l’industrie.

Prenant l’exemple d’un système de nettoyage de briques usagées pour favoriser leur réemploi et éviter leur élimination aux ordures, Francis Bissonnette déplore le fait qu’une telle solution ne soient pas très connue dans l’Industrie. Il souligne à ce propos que le Grand Batimatech 2023, qui a réuni quelques 700 participants l’automne dernier, a justement permis aux participants d’y dénicher ce genre de solutions innovantes pouvant répondre à leurs besoins.

L’essentielle formation du personnel

La transformation numérique des entreprises de construction implique d’emblée l’accès à un bassin de main-d’œuvre bien formée en fonction des tâches à exécuter et de l’organisation du travail. Les solutions technologiques et les équipements innovants permettent de résoudre, par exemple, certaines problématiques de productivité dans un contexte de pénurie et de vieillissement de la main-d’œuvre.

Or, selon lui, pour gérer le déclin de la main-d’œuvre tout en augmentant la productivité, les entreprises n’ont pas le choix de travailler davantage en collaboration, d’utiliser des plateformes intuitives qui leur permettent de partager plus d’information avec plus de personnes et ce, dans tous les volets d’opération. Tout ça repose donc sur une formation adéquate et continue de la main-d’œuvre.

« Les écoles de métiers, les centres de service scolaire, les cégeps et les universités ont intégré les volets des solutions technologiques dans leurs corpus de formation, rappelle Francis Bissonnette. Des organismes comme la CMEQ et la CMMTQ le font également dans leurs programmes de formation continue reconnus par la Régie du Bâtiment du Québec (RBQ). Chez Batimatech, on a 32 formations reconnues également par la RBQ. »

Des ressources disponibles

« Quand l’entreprise a décidé d’aller de l’avant pour sa transformation numérique, poursuit Francis Bissonnette, il lui faut d’abord faire une réflexion sur 360 degrés, pas seulement dans la perspective de l’employeur et de ses employés, mais aussi en tenant compte des relations avec les clients, les fournisseurs, les partenaires et tous ceux avec qui elle partage de l’information et participe à la réalisation de projet. »

Bref, il faut se questionner sur la façon de travailler au bureau et au chantier, sur les conditions de réalisation des projets, sur le partage des ressources, sur les technologies à utiliser pour mieux collaborer. Tout ça fait partie de l’équation dans une réflexion d’intégration dans l’écosystème de la construction.

« En termes de ressources disponibles, enchaîne-t-il, il y a des consultants professionnels et des organisations comme la nôtre pour assister ou accompagner une entreprise en transition. » Il y a aussi un portail comme JeBatimatech.com qui permet de trouver et de filtrer les meilleures solutions technologiques et les équipements innovants pour le secteur de la construction.

Cela dit, quelle serait la meilleure promesse pour convaincre les entrepreneurs du bien-fondé d’investir dans la transformation numérique de leur entreprise ?

« On peut parler ultimement de résilience de l’entreprise dans un environnement d’affaires changeant », conclut Francis Bissonnette. En disposant de bons tableaux de bord, donne-t-il comme exemple, ça permet d’obtenir une meilleure vision de l’organisation et de ses ressources. En étant mieux outillée, l’entreprise peut ainsi être en mesure de mieux gérer la réalisation de ses projets et, par le fait même, d’obtenir de meilleures conditions financières, de meilleurs taux, voire d’accélérer les paiements lorsque les réalisations sont bien documentées par des outils de partage d’information et de collaboration. ■


Comment procéder pour s’adapter aux changements technologiques dans l’industrie de la construction? Francis Bissonnette suggère de créer avant tout un comité de travail qui identifiera les compétences ou les personnes les plus aptes à intégrer les changements. Ce peut-être soit par une incitation à participer à un événement extérieur comme le grand Batimatech ou à l’une des formations spécialisées offertes à l’industrie.