MAGAZINE CONSTAS

Hydro-Québec : le barrage de la Chute-Bell

Une mise à niveau pour faire face à d’éventuelles inondations

Ce petit barrage, mis en service il y a plus de 100 ans, menaçait de céder sous la pression de l’eau, notamment en raison de vulnérabilités constatées dans son déverseur.

Tout juste achevés, les travaux exécutés au barrage de la Chute-Bell dans les Laurentides devraient permettre aux installations de faire face à de nouvelles crues exceptionnelles, si jamais ces dernières se présentent.

Par Florence Sara G. Ferraris

Les crues printanières exceptionnelles de 2019 et les inondations qui en ont résulté ont fait d’importants dégâts partout au Québec, révélant ici et là les failles de certaines installations hydrauliques sous la responsabilité d’Hydro-Québec. Parmi ceux-ci, notons entre autres le barrage de la Chute-Bell à Grenville-la-Rouge, une petite municipalité située à un peu plus de 100 km de Montréal.

Ce petit barrage, mis en service il y a plus de 100 ans, menacait de céder sous la pression de l’eau, notamment en raison de vulnérabilités constatées dans son déverseur qui, comme les analyses subséquentes l’ont révélé, ne répondait pas aux normes de sécurité actuelles. Intallé au fil de l’eau, à l’instar de plusieurs autres construits à la même époque, ce barrage ne permettait pas en outre de retenir l’eau convenablement.

« L’essentiel des travaux a dû être effectué dans des conditions hivernales, ce qui est généralement évité, souligne Cristian Dobre. Je tiens à souligner les efforts remarquables des équipes déployées. »

Cet épisode engendré par une montée des eaux historiques a ainsi suscité de vives inquiétudes dans la région, allant jusqu’à forcer l’évacuation d’urgence d’environ 75 résidents habitant à proximité. Il faut dire que cet ouvrage a ordinairement une capacité de 1100 mètres cubes d’eau par seconde. Il est toutefois plutôt rare que le débit d’eau atteigne ce plafond, même en période de crues printanières. «En général, le débit d’eau est d’environ 300 mètres cubes d’eau par seconde», explique Cristian Dobre, le chef de production civile chez Hydro-Québec pour la région de Beauharnois-Gatineau. Or, en avril 2019, le débit d’eau a été trois fois plus important qu’en temps normal, soit de près de 1000 mètres cubes par seconde, à la limite des capacités des installations. Le muret de béton installé dans le déverseur, qui généralement assure la rétention de l’eau, n’a finalement pas cédé sous la pression hydraulique.

 

Travaux d’hiver au barrage de la Chute-Bell. CR : Hydro-Québec

Mise à niveau nécessaire

Une fois la situation endiguée, des travaux d’analyse et de mise à niveau ont tout de même été nécessaires pour éviter qu’une telle situation se reproduise dans les années à venir. « Les derniers mois nous ont permis d’étudier différents scénarios afin de prévenir de nouvelles évacuations dans le futur, qu’une crue de cette envergure se représente ou non », indique Cristian Dobre. Le barrage n’étant plus en activité depuis quelques années – la société d’État évalue encore à ce jour la possibilité de le remettre éventuellement en service –, son équipe et lui ont pu opter pour une solution mixte, qui devrait prodiguer une résistance accrue au débit d’eau, comprenant « l’aménagement d’un canal d’écoulement, la solidification du muret et d’une partie du déversoir, et le retrait de la vanne gonflable ».



Les équipes déployées, de concert avec leurs sous-traitants dont fait partie l’entreprise EnerServ, spécialisée en turbines et en alternateurs, ont également procédé au retrait des pales des turbines d’origine. Le retrait des turbines donnait un meilleur contrôle du niveau de l’eau, ce qui a permis de réaliser une bonne partie des travaux à sec et a assuré, par le fait même, une plus grande sécurité aux travailleurs. « Les turbines ne sont pas utiles en ce moment, rappelle l’ingénieur de formation. Ce sont des travaux réversibles : rien ne nous empêchera de les remettre en place au besoin. En attendant, ces altérations permettront à l’infrastructure de tenir le coup dans les prochaines années sans qu’une autre évacuation soit nécessaire. » De fait, les travaux ont notamment permis d’augmenter la capacité du barrage à 1246 mètres cubes d’eau par seconde.

D’autres analyses actuellement en cours permettront d’évaluer, dans les mois à venir, si d’autres travaux devront être effectués sur cet ouvrage.

Défis multiples

Chose certaine, ce chantier n’aura pas été de tout repos, lance en riant Cristian Dobre. « Notre principal impératif était que le barrage soit prêt pour une éventuelle crue printanière 2020, indique l’ingénieur responsable du projet, en soulignant au passage qu’heureusement celle-ci a été bien moins importante cette année. Nous avons donc eu à peine six mois pour effectuer les analyses terrain et les travaux. » Un horaire intensif, impliquant un prolongement des heures de travail en semaine et les fins de semaine a dû être mis en place pour s’assurer de finir dans les temps. Le chantier s’est finalement terminé au début du mois d’avril 2020 pour un budget total de 3,5 millions de dollars.

Qui plus est l’essentiel des travaux a dû être effectué dans des conditions hivernales, ce qui est généralement évité, souligne Cristian Dobre. « Je tiens à souligner les efforts remarquables des équipes déployées. » ■


LES ENTREPRENEURS AYANT PARTICIPÉ AU PROJET

Ingénierie Rénovation et design
SNC Lavalin (canal de dérivation et ancrages plots 1 et 2)
LDA (ingénierie ouvrages temporaires)
Travaux Rénovation et design
Entrepreneur général HQC (unité construction d’Hydro-Québec)
Sous-traitants
Mecan-Hydro (enlèvement vanne gonflable)
Vertika (enlèvement vanne gonflable)
Forage TCG (forages canal de dérivation et ancrages)
Travaux dans la centrale
Enerserv
Ingénierie centrale
GTA Hydro (enlèvement pales, servomoteurs)
Sous-traitants
BOPM (Système hydraulique vanne de la prise d’eau
et servomoteurs)
Surveillance travaux
Hydro-Québec Équipement