MAGAZINE CONSTAS

10 ans de transports

Rebâtir le réseau québécois. Entrevue avec Anne-Marie Leclerc, sous-ministre adjointe à l’ingénierie et aux infrastructures

Depuis dix ans, le ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports s’attelle à améliorer et remettre en état le réseau routier québécois. En poste depuis de nombreuses années, la sous-ministre adjointe au sous-ministériat à l’ingénierie et aux infrastructures, Anne-Marie Leclerc, revient sur les travaux d’envergure et les importants investissements qui ont marqué la dernière décennie.

Par Florence Sara G. Ferraris

Quiconque s’est promené un peu sur les routes du Québec au cours des dernières années a pu remarquer la multiplication des chantiers de construction aux quatre coins de la province. De plus en plus nombreux, ceux-ci témoignent des importants efforts du ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports (MTMDET), pour assurer la remise en état du réseau routier québécois.

En plus de mener à une augmentation substantielle des sommes dédiées à l’amélioration du réseau routier, la dernière décennie a permis un resserrement des suivis et des normes et de l’évaluation des infrastructures en place.

« La construction d’une bonne partie de notre réseau, tel qu’on le connaît aujourd’hui, remonte aux années 1960 et 1970, rappelle Anne-Marie Leclerc. En temps normal, on estime qu’une trentaine d’années après la construction initiale, il est nécessaire de réinvestir pour procéder à la réfection, voire au remplacement, des infrastructures routières. »

« Or, souligne-t-elle, quand est finalement venu le moment d’intervenir,  le Québec était dans une période de déficit zéro .  On a dû composer avec une baisse des investissements, alors qu’on aurait eu besoin de plus d’argent pour pouvoir remettre à neuf certains tronçons du réseau », note l’ingénieure civile de formation. C’est ce léger retard qui, à son avis, explique l’accroissement du nombre de chantiers au cours des dernières années.

Le projet Turcot en image

CR photos : Ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports

 

Retour de balancier

Depuis dix ans, les enveloppes budgétaires consacrées au maintien et au développement des infrastructures publiques ont toutefois considérablement augmenté. Ainsi, alors que ces dernières s’élevaient à 5 milliards de dollars en 2006-2007, selon le Plan québécois des infrastructures 2015-2025, elles sont passées à 9,6 milliards en 2009-2010, jusqu’à atteindre un sommet inégalé de 10,1 milliards en 2014-2015.

Légèrement moins élevés cette année, les investissements publics alloués aux infrastructures totalisent tout de même 8,7 milliards, un budget qui devrait au moins se maintenir jusqu’en 2025. « Ces importantes sommes d’argent nous permettent de prolonger la vie des grands ouvrages » qui relèvent de la responsabilité du MTMDET, insiste Anne-Marie Leclerc.

Le plus imposant est celui du nouvel échangeur Turcot, dans le sud-ouest montréalais. Annoncé en 2007, le projet vise à remplacer cette immense structure de béton ouverte à la circulation depuis 1967. Après quatre ans de consultations et de mises à l’étude, les travaux dans le secteur ont finalement débuté au cours de l’été 2011 et devraient se poursuivre jusqu’en 2020, mobilisant un budget de 3,7 milliards.

Suivi serré

En plus de mener à une augmentation substantielle des sommes dédiées à l’amélioration du réseau routier, la dernière décennie a permis un resserrement des suivis et des normes et d’évaluation des infrastructures en place. En ce sens, l’effondrement du viaduc de la Concorde à Laval, survenu il y a un peu plus de dix ans, a, sans contredit, frappé l’imaginaire des Québécois et a forcé les instances publiques à revoir leur manière de faire.

« Ç’a créé une onde de choc, . Au ministère, pour les entrepreneurs et au sein des firmes de génie. » a mentionné Mme Leclerc lorsque questionnée sur les impacts que cet événement tragique.
Depuis, le ministère a revu ses manières de faire afin d’éviter « à tout prix » que pareil événement se reproduise. « On est plus précis, plus sensible, note l’ingénieure civile. On a une connaissance beaucoup plus pointue de l’état de notre parc d’infrastructures. »

Défis de cohabitation

La multiplication des vastes chantiers impose toutefois parfois une difficile cohabitation, tant aux automobilistes qui y circulent qu’aux résidants qui vivent à proximité de certaines zones de travaux. Défi de taille, cette dernière force le ministère à faire preuve d’inventivité au quotidien pour s’assurer que le tout se fasse dans l’harmonie.

« L’objectif est de gérer un réseau existant et de le garder en bon état tout en veillant à ce que les services aux usagers demeurent, précise Anne-Marie Leclerc. Ce n’est pas toujours évident, mais c’est très certainement un joyeux défi  ! »

Regard sur l’avenir

Vers une nouvelle mobilité ? Au-delà des multiples chantiers qui se poursuivront au cours des prochaines années, le MTMDET compte se pencher sur le dossier des véhicules autonomes sur les routes québécoises. Leur arrivée imminente obligera les instances publiques à élaborer de nouvelles stratégies pour les accueillir, notamment en ce qui a trait à la conception des voies de circulation. Cette mobilité nouveau genre s’inscrit dans un autre défi de taille avec lequel le ministère doit — et devra — rapidement composer : les changements climatiques et leurs impacts sur les infrastructures actuelles et futures. •