MAGAZINE CONSTAS

De la physiologie pulmonaire à l’amiantose, la silicose et aux cancers

Une vulgarisation dans un contexte de prévention

En 2021, l’Organisation mondiale de la Santé et l’Organisation internationale du Travail ont réitéré le danger de l’exposition aux fibres d’amiante et aux poussières de silice cristalline en milieu de travail. Le Dr Pierre Brochu, M.Sc., Ph.D. toxicologue et expert en santé et sécurité au travail, a présenté une conférence sur ce sujet au dernier congrès de l’ACRGTQ.

par Xavier Turcotte-Savoie

 

 

Les travailleurs qui effectuent des travaux répétés de courtes durées sans appareil de protection respiratoire avec des matériaux de fibres d’amiante ou de silice cristalline ne réalisent pas le danger. Dans les faits, leurs poumons sont incapables d’éliminer les longues fibres d’amiante ou les poussières de silice inhalées qui s’accumulent graduellement dans leurs alvéoles, précise le Dr Brochu. Il en est de même pour les travailleurs qui n’ont pas changé les cartouches périmées saturées de poussières et qui enlèvent leurs masques parce qu’ils ont de la difficulté à respirer. Des fibres et des poussières peuvent notamment être inhalées chez ceux qui n’ont pas fait le test de pressions positive et négative d’étanchéité.

Un processus irréversible

Quelles sont les conséquences de ces expositions ? « Ces travailleurs ne réalisent pas qu’ils ont enclenché, à un moment donné, un processus irréversible et lent, mais effectif pendant une période de 10 à 50 ans. Rien ne peut l’arrêter, même s’ils cessent. de travailler dans le secteur de l’amiante ou de la silice. »

Les cellules responsables du nettoyage des alvéoles, appelées macrophages, meurent après avoir ingéré la silice cristalline. Elles ingèrent et éliminent bien les fibres courtes d’amiante, mais les fibres plus longues sont incomplètement ingérées et les macrophages ne peuvent plus quitter les alvéoles. Durant ce processus d’ingestion appelé phagocytose, ils libèrent des messagers chimiques qui déclenchent différents mécanismes, notamment l’augmentation de la production de fibres de collagènes par des cellules appelées fibroblastes. Cela occasionne l’accumulation de fibres, notamment dans les canaux alvéolaires, autour des petites bronchioles et des petits vaisseaux sanguins qui entourent les alvéoles pour accueillir l’oxygène inhalé dans le sang. L’espace entre les alvéoles et ces petits vaisseaux sanguins appelé l’interstitium s’épaissit de collagènes. Le poumon devient moins élastique, plus rigide. Le taux de diffusion de l’oxygène des alvéoles au sang diminue. Respirer devient de plus en plus difficile, l’amiantose ou la silicose s’installe.

Les fibroses

La silicose chronique et l’amiantose sont des fibroses observées lors de concentrations modérées ou faibles de silice et d’amiante. Par exemple, des concentrations inhalées égales ou supérieures à la norme permettent de générer une silicose chronique après une période de 10 à 40 ans. Les effets néfastes se manifestent après une période de latence d’environ 20 ans pour l’amiantose. La silicose d’un travailleur augmente son risque d’être infecté, notamment par la bactérie Mycobacterium tuberculosis et de contracter la tuberculose.

Plusieurs types de cancers

Durant des années de latence, il peut y avoir une prolifération de cellules anormales qui se regroupent aboutissant à un ou plusieurs des cancers suivants. La silice cristalline peut générer les cancers de la trachée, des bronches et/ou des poumons. Les fibres d’amiante peuvent générer les cancers du larynx, de la trachée, des bronches, des poumons et/ou des ovaires. Des mésothéliomes peuvent être observés, c’est-à-dire le cancer du revêtement des poumons (la plèvre), de la cavité abdominale (le péritoine) et/ou de l’enveloppe du coeur (le péricarde). Les mésothéliomes nécessitent une période de latence de 30 à 50 ans, contrairement à celle du cancer du poumon qui varie de 20 à 40 ans.

Dr Pierre Brochu, M. Sc., Ph. D., toxicologue et expert en santé et sécurité au travail.

La silicose accélérée et la silicose aiguë

Des effets néfastes peuvent-ils être observés plus rapidement ? Oui, lors de la silicose accélérée et de la silicose aiguë. La silicose accélérée est observée de 5 à 10 ans après une exposition à plus de 30 % de la norme. La silicose aiguë est extrêmement rare de nos jours et absente au Québec. Elle est observable chez des travailleurs qui inhalent des concentrations de silice cristalline qui sont 10 à 20 fois supérieures à la norme, dans des espaces confinés, sans appareil de protection respiratoire. La période d’exposition varie de deux mois à moins de deux ans. L’insuffisance respiratoire progresse généralement jusqu’au décès avant deux ans. Le pire cas de silicose aiguë a été observé chez des travailleurs d’un grand chantier à Summersville aux États-Unis en 1931. La construction d’un tunnel de 4,8 km pour détourner l’eau d’une rivière vers une centrale hydroélectrique a généré 764 décès en une année.

 

 

Le nerf de la guerre

Quelle est la solution ? Le Dr Brochu explique qu’il faut prendre le temps d’informer les travailleurs des longs mécanismes irréversibles et des conséquences mortelles qui peuvent résulter de l’inhalation des fibres d’amiante et des poussières de silice cristalline. La CNESST a comptabilisé 16 décès par fibroses et 37 par cancers dans le secteur de la construction en 2023. Les travailleurs doivent être convaincus de la nécessité d’intégrer dans leurs activités quotidiennes les exigences du Code de sécurité pour les travaux de construction. Ils doivent comprendre que c’est une question de survie. La Loi sur la santé et la sécurité du travail et son Code de sécurité exploitent bien ce qui est connu de la science pour optimiser la protection des travailleurs lors de l’exposition aux fibres non friables, à celles friables de l’amiante et aux poussières de silice cristalline. Enfin, le Dr Brochu précise que les mots « travailleur » et « travailleurs » incluent les hommes et les femmes.