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Hydro-Québec et les communautés autochtones : construire l’avenir énergétique en partenariat

L’approche d’Hydro-Québec dans la conception de ses grands projets avec les Nations et communautés autochtones sur le territoire

À la Baie-James, la centrale Eastmain-1 fait partie d’un territoire habité depuis des millénaires. Conçu en collaboration avec la Nation crie dans le sillage de la Paix des Braves et intégré au complexe Eastmain–Sarcelle–Rupert, l’aménagement de la centrale repose sur un concept clé : réfléchir aux enjeux environnementaux, sociaux et économiques de manière indissociable depuis le début de l’élaboration du projet.

par Anne Genest

 

 

Émilie Sénéchal, cheffe Relations avec les Premières Nations et les Inuit pour Hydro-Québec

Avant les années 2000, certains grands chantiers énergétiques se sont déployés sans que les populations concernées soient pleinement associées aux décisions. Cette réalité ne tient plus. Au Québec, la transition énergétique s’accompagne d’un changement de posture : les Premières Nations et les Inuit sont non seulement consultés, mais se voient désormais offrir de devenir partenaires des projets de nouvelles installations énergétiques d’envergure.

Rebâtir des relations

À Hydro-Québec, cette évolution réside dans une démarche structurée de réconciliation. « Les dynamiques entre Hydro-Québec et les peuples autochtones ont parfois été complexes », rappelle Émilie Sénéchal, cheffe Relations avec les Premières Nations et les Inuit.

Depuis deux ans, l’organisation revoit ses pratiques. Plus d’une centaine de représentants et de représentantes des Premières Nations et des Inuit ont été rencontrés, lors d’une trentaine d’échanges à travers le Québec, afin de mieux comprendre les attentes des milieux concernés.

Un constat s’impose : la réconciliation ne saurait se limiter à l’aspect économique. « Elle doit aussi être environnementale et sociale », insiste-t-elle.

Cette approche implique une attention renouvelée aux milieux, à la biodiversité et aux usages. Surtout, elle assure une réelle participation des communautés concernées à la discussion : il ne s’agit plus pour elles d’intervenir une fois les décisions prises, mais de participer en amont de celles-ci, lors du développement des projets.

Construire la confiance

Ce changement transforme en profondeur les façons de faire. « La confiance ne se construit pas dans un bureau : elle se bâtit sur le terrain, au coeur des communautés », souligne Émilie Sénéchal.

La présence, l’écoute et la reconnaissance des savoirs locaux deviennent centrales. Les peuples autochtones participent désormais activement aux démarches, non seulement comme partenaires, comme travailleurs, comme entrepreneurs, mais aussi comme détenteurs d’une connaissance fine du territoire.

La participation en amont joue un rôle déterminant. « En travaillant ensemble dès le début, on obtient un meilleur projet, qui bénéficie à tous et à toutes », explique-t-elle.

Les études sur les questions environnementales peuvent ainsi être menées conjointement, les enjeux discutés tôt, les impacts anticipés collectivement. Si cette approche demande du temps, elle permet d’éviter des impasses et renforce la solidité des décisions.

Un exemple structurant : Eastmain

Le complexe Eastmain–Sarcelle–Rupert en donne une lecture concrète. Réalisé en collaboration avec la Nation crie, il relève d’un dialogue continu. Les études menées en amont et les suivis écologiques, déployés sur plus de 15 ans, traduisent une volonté claire : inscrire les aménagements dans une relation durable avec le milieu.

Ce type de réalisation montre qu’on peut concevoir autrement les grands développements énergétiques. Non pas en cherchant à atténuer des impacts une fois les décisions prises, mais en intégrant dès le départ les dimensions sociales, environnementales et économiques.

Des retombées concrètes

Au-delà du dialogue, les retombées se manifestent de manière tangible. Elles prennent forme dans des parcours professionnels, dans des entreprises qui émergent, dans des compétences qui se développent sur le territoire.

Hydro-Québec s’est engagée à investir 1,5 G $ de 2025 à 2029 en contrats auprès d’entreprises autochtones. Un levier important pour soutenir le développement économique et structurer un tissu entrepreneurial au sein des communautés.

Sur le plan de la main-d’oeuvre, l’organisation mise sur un accompagnement personnalisé. Des équipes qui y sont affectées soutiennent les candidats à chaque étape : embauche, intégration, progression. L’objectif est clair : amener chacune et chacun à se projeter dans l’avenir et la durée.

Dans plusieurs communautés, près de la moitié de la population a moins de 35 ans. Ce bassin représente un potentiel considérable. Encore faut-il créer des passerelles vers l’emploi.

Des programmes de formation, des bourses et des partenariats locaux contribuent à ce mouvement. Un fonds de 50 M $ a été créé par Hydro-Québec afin de soutenir notamment la persévérance scolaire et des démarches éducatives. L’enjeu dépasse la participation ponctuelle : il s’agit de favoriser une autonomie réelle, en donnant l’occasion aux communautés de développer leur expertise et de porter leurs propres actions.

Aménagement de la Sainte-Marguerite-3

 


 

 


 

Aller vite, autrement

Dans un contexte d’urgence climatique, la pression pour accélérer les développements s’intensifie. Mais cette accélération ne doit pas se faire au détriment des liens. « Ça peut parfois sembler plus long au départ, mais en travaillant de manière proactive avec les communautés dès le début des projets, on gagne du temps et l’on obtient un meilleur résultat », souligne Émilie Sénéchal.

Cette façon de faire suppose des échanges ouverts et transparents, y compris sur les enjeux plus sensibles liés aux impacts passés. Les discussions ne se déroulent pas toujours sans heurts, mais elles sont nécessaires pour établir un lien profond.

Les consultations, les rencontres sur le terrain et les échanges avec les utilisateurs du territoire et les personnes aînées des communautés, par exemple, permettent d’ancrer les démarches dans une compréhension fine des réalités. L’acceptabilité sociale ne constitue plus une étape : elle forme désormais le socle des projets.

Une transformation en cours

Cette transformation demande du temps. Elle repose sur l’écoute, l’apprentissage et l’ajustement. Mais elle ouvre une voie claire : celle d’un développement énergétique réalisé en collaboration étroite avec les communautés autochtones afin qu’elles puissent en retirer des bénéfices durables qu’elles pourront alors réinvestir selon leurs propres priorités.

Une manière de repenser, en profondeur, comment on mène les grands projets collectifs, c’est en les concevant non plus seulement par la consultation des communautés autochtones, mais bien par l’intégration de leurs réalités, de leurs expertises et de leur connaissance du territoire.

La confiance ne se construit pas
dans un bureau : elle se bâtit sur le terrain,
au coeur des communautés.

— Émilie Sénéchal