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Construction 2025 : quand le numérique commence enfin à tenir ses promesses

Le numérique génère des gins de 5 à 15% en construction québécoise, mais nécessite de repenser les processus

Une enquête menée auprès des entreprises déclarant des heures à la CCQ dresse, pour la première fois, un portrait chiffré du rendement réel du numérique en construction. Gains de productivité mesurables (5 à 15 %), impacts concrets sur la préparation, la planification et la coordination : le virage n’est plus théorique. Il révèle toutefois un défi persistant, la nécessité de revoir les processus avant les outils, et en appelle à un repositionnement des modes de réalisation pour que l’industrie convertisse pleinement ces avancées en valeur.

par Elsa Bourdot

 

 

Une transformation désormais quantifiable

Longtemps, le débat sur le numérique en construction s’est nourri d’intentions plus que de données. L’étude, coordonnée par l’Institut de gouvernance numérique (IGN) et validée par le ministère des Finances, change la donne.

Pour Jean-François Gauthier, président-directeur général de l’IGN, ce résultat constitue une preuve rare dans un secteur habitué à raisonner en coûts plutôt qu’en rendements économiques. L’effet sur les finances publiques est objectivé, chiffré et jugé conservateur par les analystes du gouvernement.

Au-delà de ce rendement rapide, les résultats sur le terrain sont tout aussi frappants. Les gains médians de productivité, évalués entre 5 et 15 %, proviennent de deux effets combinés : une meilleure préparation et planification des chantiers, et une réduction des coûts liés aux changements et aux reprises. « On fait plus, en moins de temps, avec moins de variations », résume M. Gauthier.

Du bureau au chantier, des gains mesurables

Les gains observés ne proviennent pas d’un seul outil, mais d’une chaîne d’améliorations. La préparation des chantiers s’accélère grâce à des systèmes mieux structurés. La planification s’appuie sur une information plus fine. La coordination sur le terrain réduit les écarts d’exécution, ce qui diminue les reprises. Les gestionnaires constatent également des délais de livraison raccourcis.

Ces effets cumulatifs expliquent la médiane de 15 % observée. Ils s’accompagnent d’un autre indicateur fort : 80 % des répondants partagent désormais des données avec leurs partenaires. Pour M. Gauthier, cette progression témoigne d’un changement culturel profond dans un secteur historiquement fragmenté.

Le frein majeur : des outils achetés avant la révision des processus

Si les progrès sont solides, Jean-François Gauthier met en garde contre un piège récurrent : l’achat de solutions technologiques avant d’avoir clarifié les besoins de l’entreprise. Sans cartographie des flux, sans analyse des pratiques réelles, sans accompagnement neutre, l’implantation devient hasardeuse. L’outil est souvent trop complexe pour la maturité de l’organisation, ou tout simplement mal aligné.

La pression commerciale accentue ce risque. Les fournisseurs multiplient les offres, et le marché de la construction représente un potentiel immense. Dans ce contexte, l’IGN insiste sur l’importance d’un accompagnement indépendant, distinct de toute logique de vente. L’expertise doit porter sur les besoins réels de l’entreprise, et non sur les ventes de logiciels espérées.

Entre 2025 à 2027, une vague d’investissements à encadrer

L’enquête révèle que 91 % des entreprises prévoient d’investir dans le numérique d’ici 2027. Pour l’IGN, c’est une confirmation essentielle : le soutien public a contribué à déclencher un mouvement durable. Les entreprises qui se sont engagées souhaitent poursuivre leur transformation.

Les investissements ne suivent toutefois pas une trajectoire unique. ERP, préfabrication, gestion de chantier, mobilité, estimation, BIM : les priorités divergent selon la maturité interne. Ce qui importe, rappelle M. Gauthier, c’est que les projets soient soigneusement définis. Cahiers des charges, analyse des processus, indicateurs attendus : la discipline en amont est le seul rempart contre les implantations trop lourdes ou les craintes post-SAAQclic, qui a laissé le milieu sensible aux dépassements de coûts.

 


 

 


 

Transformer non seulement les outils, mais aussi la façon de construire

Jean-François Gauthier, PDG de l’Institut de gouvernance numérique.

Le président-directeur général de l’IGN insiste sur un enjeu qui dépasse largement le numérique : le modèle de réalisation. Pour lui, le principal frein à l’innovation demeure le mode du plus bas  soumissionnaire conforme, incompatible avec les exigences de collaboration et de partage de risques que suppose le numérique.

Il rappelle également une donnée structurelle lourde : le Québec doit composer à la fois avec un déficit d’entretien d’actifs d’environ 50 G $ et plus de 700 G $ de projets à réaliser au cours de la prochaine décennie. Dans un secteur déjà au maximum de sa capacité, maintenir ce modèle de réalisation revient à ralentir l’ensemble du système.

La solution passe, selon lui, par davantage de modes collaboratifs, de coconception, de préfabrication et de mécanismes qui permettent aux entrepreneurs d’intervenir en amont, plutôt que d’arriver en aval d’un processus figé. « On ne pourra pas relever les défis des 10 prochaines années sans revoir notre façon de construire », insiste Jean-François Gauthier.

La seule augmentation des retours
de TVQ permet au gouvernement de
récupérer en moins d’un an les
sommes investies dans les services
d’accompagnement à la transformation
numérique que nous offrons.

— Jean-François Gauthier

 

 

De la démonstration à la mise en œuvre durable

L’incidence de la numérisation de l’industrie de la construction est désormais claire. Hors de tout doute, les gains sont positifs et mesurables, la performance opérationnelle améliorée, et le rendement du capital investi rapide pour les finances publiques confirmé. Mais pour transformer l’essai, l’industrie devra investir avec discernement et revoir les modèles contractuels qui encadrent sa pratique. Le virage numérique est engagé. Il reste à lui fournir un cadre pour qu’il devienne un véritable avantage collectif.