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Comment l’IA transforme-t-elle les données terrain en leviers de rentabilité dans la construction ?

L’IA structure les données terrain pour optimiser estimation, planification et performance

Quand Alexandre Champoux parle de son parcours en génie civil, il nous livre une image réaliste du quotidien de nombreuses entreprises : un chantier qui déborde, où tout le monde travaille fort, mais où l’information circule mal. À la tête d’Alliance Pavage, il a supervisé plus de 800 projets et constaté les limites des méthodes traditionnelles. « À un moment donné, on s’est rendu compte que ça n’avait plus aucun sens… »

par Anne Genest

 

 

« La compagnie avait grossi trop vite, raconte-t-il. La planification, l’exécution et le contrôle de projet ne se parlaient plus. On fonctionnait avec du papier, des textos et des courriels.

Pour vérifier si l’exemple de son entreprise est répandu, il sonde l’industrie. Après 250 entrevues auprès d’entrepreneurs, une évidence s’impose : les inefficiences sont généralisées. « Les entreprises avaient de l’expérience, mais celle-ci vivait dans la tête des gens, pas dans les systèmes. » C’est pour répondre directement à ce constat qu’il cofonde Civalgo, une plateforme qui structure, synchronise et modernise les opérations en génie civil.

Parfois, la meilleure job, c’est celle que vous
ne gagnez pas : une mauvaise estimation
peut vous faire commencer à –1 million.

– Alexandre Champoux

L’IA pour améliorer la performance des chantiers

Chers lecteurs,

L’intelligence artificielle (IA) suscite un intérêt grandissant dans divers marchés et industries, incluant la construction. Cet outil peut devenir un levier de rentabilité, principalement dans l’estimation, la planification, la performance et la compilation de données des chantiers. C’est d’ailleurs ce qui est abordé dans le présent article.

Des fournisseurs ont bâti des plateformes intégrant l’IA dans le but d’améliorer la performance des chantiers, tout en continuant de mettre l’humain au coeur des décisions clés. Alexandre Champoux, cofondateur et présidentdirecteur général de Civalgo, en est un.

Je vous invite à lire son avis d’expert.

Enfin, j’invite, encore une fois, tous nos membres associés à nous suggérer des sujets futurs à aborder dans cette rubrique. Vos suggestions peuvent être acheminées à redaction@magazineconstas.com.

Bonne lecture,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Me Guy Gilain
Président du comité des
membres associés de l’ACRGTQ
Associé | Miller Thomson S.E.N.C.R.L.

Alexandre Champoux, cofondateur et PDG de Civalgo.

Transformer l’expérience en données, et les données en décisions

Chaque entreprise génère déjà une quantité importante d’information : cadences de production, performance d’équipes, utilisation des équipements, retards, conditions météo. Le problème n’est pas la quantité, mais la dispersion, selon Alexandre Champoux. « Les informations dorment dans des fichiers Excel qui meurent là. Tant que la donnée n’est pas organisée, elle ne peut pas servir à améliorer les opérations. »

Civalgo automatise ainsi la boucle de planification, d’exécution et de suivi des travaux, produisant des données de performance spécifiques à chaque entreprise. M. Champoux résume la logique par une analogie : « Si vous connaissez la distance entre Montréal et Toronto, la vitesse vous donne la durée, la consommation vous donne le coût en essence. En chantier, c’est la même chose : la vitesse à laquelle vous creusez ou pavez, c’est votre donnée de performance. »

Autre bénéfice direct de la numérisation : la visibilité chantier-bureau. Les retours de chantier, centralisés et analysés automatiquement, offrent une compréhension instantanée de la performance. « Quand un responsable de projet arrive le matin avec les données de la veille, il sait immédiatement où il a perdu ou gagné du temps. Ça change la journée. »

Tant que la donnée n’est pas
structurée, elle ne peut pas servir
à améliorer les opérations.

— Alexandre Champoux

 


 

 


 

L’IA appliquée au concret : estimation, planification, exécution

Dans un milieu où les marges bénéficiaires sont serrées, l’intelligence artificielle devient un levier direct de rentabilité. Elle intervient là où se jouent les résultats : l’estimation, la planification des ressources et la performance quotidienne des chantiers.

« Parfois, la meilleure job, c’est celle que vous ne gagnez pas, dit-il. Si vous l’avez mal estimée, vous commencez le projet à –1 million. » En analysant l’historique réel des entreprises, l’IA aide à ajuster les prix, à mieux mesurer les risques et à cibler les projets réellement rentables.

Elle renforce également la planification. Alexandre Champoux donne l’exemple d’une équipe de pavage : « Douze employés ne vont pas nécessairement plus vite que neuf, mais vont coûter beaucoup plus cher. L’IA peut recommander la combinaison optimale. » Elle permet ainsi d’éviter les réflexes coûteux, comme ajouter du personnel pour éviter une pénalité, sans impact réel sur la cadence de travail.

L’enjeu réel : commencer au bon endroit

Si l’intérêt pour l’IA grandit, l’offre de solutions en construction est encore très limitée.

Pour M. Champoux, le principal frein est une confusion entre automatisation et intelligence artificielle. « Beaucoup commencent par automatiser de petites tâches, comme la compilation de factures. Mais la rentabilité, en génie civil, se joue à l’estimation et sur la performance du chantier. »

Autre condition essentielle : la qualité de la donnée. « Si on donne n’importe quoi à l’IA, elle redonne n’importe quoi. Il faut des données structurées, comparables, organisées par tâche. »

La réussite repose aussi sur l’adhésion des équipes. « L’être humain a peur du changement, c’est normal. On doit expliquer pourquoi on s’équipe, comment ça rend l’entreprise plus compétitive et ce que ça change au quotidien. » L’IA n’enlève pas le rôle décisionnel : « La décision finale, c’est toujours l’humain qui la prend. »

Vers une boucle intelligente

Alexandre Champoux imagine un avenir où estimation, exécution, reconnaissance d’image et captation automatisée seront intégrées dans une boucle cohérente. « Les technologies avancent vite, mais le vrai levier est déjà là : les données que les entreprises génèrent chaque jour. L’IA apprend en continu à partir des données des projets et affine ses recommandations à chaque étape, créant une boucle d’amélioration continue où chaque projet enrichit le suivant. »

Son conseil aux entrepreneurs : « Regardez vos opérations avec honnêteté. Identifiez vos vrais irritants, et commencez par là. Ceux qui attendent trop longtemps finissent derrière la parade… »