MAGAZINE CONSTAS

L’environnement au cœur des chantiers d’Hydro-Québec : de la planification à l’exécution

Avant la première pelle, chaque projet passe par une analyse rigoureuse des risques environnementaux

De la conception des projets à leur réalisation, Hydro‑Québec intègre les enjeux environnementaux à différentes étapes de ses chantiers. Cette prise en compte repose sur un travail en amont, des pratiques encadrées sur le terrain et une collaboration étroite avec les entrepreneurs, dans un contexte de transformation des exigences.

par Elsa Bourdot

 

 

Une intégration dès l’amont des projets

Ensemencement de touladis à la Romaine-1

Avant même l’arrivée des équipes sur le terrain, les projets d’infrastructures portés par Hydro-Québec font l’objet d’un travail d’analyse environnementale qui en conditionne en partie la conception. Dans un contexte où les installations peuvent s’inscrire dans des milieux naturels sensibles, la capacité à anticiper les contraintes devient un élément déterminant.

Les premières phases de planification visent ainsi à documenter les caractéristiques des sites, à identifier les zones à risque et à évaluer les impacts potentiels des interventions. Ce travail alimente directement les choix techniques et amène la définition des modalités d’exécution en tenant compte des réalités du terrain.

Céline Cusson, directrice Environnement et développement durable pour Hydro-Québec

« L’un des enjeux consiste à éviter que les contraintes environnementales soient découvertes tardivement, alors que les marges de manoeuvre sont déjà réduites, souligne Céline Cusson, directrice Environnement et développement durable. Le travail en amont permet d’intégrer ces paramètres dans la conception même des projets. »

Au-delà de l’identification des contraintes, cette phase joue également un rôle de coordination entre les différents acteurs impliqués, en alignant les objectifs environnementaux sur les impératifs techniques et opérationnels.

Des pratiques encadrées sur le terrain

Une fois les travaux engagés, ces orientations se traduisent par la mise en oeuvre de mesures concrètes sur les chantiers. Protection des milieux hydriques, gestion des sols, encadrement des matières résiduelles ou limitation des perturbations : autant d’interventions qui structurent le quotidien des équipes sur le terrain.

Dans les faits, ces pratiques ne s’appliquent jamais de manière strictement uniforme. Les conditions varient selon les sites, les saisons, ou encore la nature des travaux, ce qui implique des ajustements constants dans leur mise en oeuvre.

« Les mesures prévues doivent être comprises et appliquées dans des situations qui ne sont jamais totalement identiques, indique Céline Cusson. Cela suppose une certaine autonomie dans la manière de les mettre en oeuvre, tout en respectant le cadre établi. »

Cette variabilité des contextes confère aux chantiers une dimension opérationnelle où la lecture du terrain, au sens concret du terme, devient un facteur déterminant dans la qualité de l’exécution.

L’un des enjeux consiste à éviter que
les contraintes environnementales soient
découvertes tardivement, alors que les
marges de manoeuvre sont déjà réduites.

— Céline Cusson

 

Tour à flux (eddy tower) en forêt

Le rôle opérationnel des entrepreneurs

Au coeur de ces dispositifs, les entrepreneurs occupent une position charnière. Chargés de l’exécution des travaux, ils sont les premiers responsables de la mise en oeuvre effective des mesures environnementales.

Leur rôle implique non seulement de respecter les exigences définies en amont, mais aussi de les traduire en pratiques adaptées aux réalités du chantier. Cette translation entre cadre théorique et conditions réelles constitue à la fois un point de tension et un levier d’amélioration des pratiques.

« Il ne s’agit pas uniquement de suivre des consignes, mais de comprendre pourquoi certaines pratiques sont demandées et comment elles s’inscrivent dans l’ensemble du projet, précise Céline Cusson. Cette compréhension facilite leur appropriation sur le terrain. »

Dans cette perspective, la relation entre Hydro-Québec et ses partenaires entrepreneurs repose autant sur des obligations contractuelles que sur des échanges réguliers, qui donnent l’occasion d’ajuster les pratiques et de procéder à des retours d’expérience.

 

Des mécanismes de suivi en continu

Pour assurer la cohérence entre les intentions formulées en amont et leur mise en oeuvre sur le terrain, des dispositifs de suivi sont déployés tout au long des chantiers. Des équipes spécialisées interviennent pour observer les pratiques, documenter les situations et signaler les écarts éventuels.

Ce suivi s’inscrit dans une logique autant d’accompagnement que de contrôle. Il ouvre la voie au maintien d’un lien entre les exigences définies en phase de planification et les conditions réelles d’exécution.

« Le suivi ne consiste pas uniquement à vérifier la conformité, il consiste aussi à comprendre les conditions dans lesquelles les travaux sont réalisés, explique Céline Cusson. Cela permet d’ajuster certaines mesures lorsqu’elles ne sont pas adaptées au contexte. »

En ce sens, le chantier devient aussi un espace d’apprentissage, où les pratiques peuvent évoluer au fil des observations et des ajustements opérés.


 

 


 

L’apport progressif de l’innovation

Dans ce cadre, l’innovation intervient moins comme une rupture que comme un prolongement des pratiques existantes. Elle se manifeste notamment dans les outils de suivi, les dispositifs de collecte de données ou encore les méthodes d’analyse des impacts.

Ces évolutions donnent la possibilité à la fois de mieux documenter les interventions et de structurer les retours d’expérience, tout en facilitant leur transmission entre les différents projets.

Elles contribuent ainsi à une forme de capitalisation des connaissances issues du terrain.

« Les outils évoluent, notamment pour faciliter la collecte et le partage d’information sur les chantiers, indique Céline Cusson. Cela permet d’avoir une vision plus précise des situations et d’intervenir plus rapidement lorsque nécessaire. »

L’utilisation, désormais généralisée, d’outils numériques réside dans un mouvement plus large de transformation des pratiques dans le secteur de la construction.

Ensemencement de touladis à la Romaine-1

Une évolution des pratiques attendues

À mesure que les exigences environnementales se renforcent, les pratiques de chantier sont amenées à évoluer. Cette transformation ne repose pas uniquement sur l’introduction de nouveaux outils ou de nouvelles normes, elle repose aussi sur une évolution des modes de travail et des réflexes professionnels.

Pour les entrepreneurs, cette dynamique implique une adaptation progressive, qui passe par l’intégration plus systématique des enjeux environnementaux dans l’organisation des chantiers. Elle suppose également une capacité à composer avec des cadres en évolution.

« Les attentes évoluent, et les pratiques doivent suivre, observe Céline Cusson. Cela passe par une adaptation progressive, et aussi par une meilleure intégration des enjeux environnementaux dans les façons de faire. »

À travers ces ajustements successifs, la gestion environnementale tend à s’inscrire dans le fonctionnement courant des chantiers, au même titre que les autres dimensions opérationnelles.

Il ne s’agit pas
uniquement de suivre
des consignes, mais
de comprendre pourquoi
certaines pratiques sont
demandées et comment
elles s’inscrivent dans
l’ensemble du projet.

— Céline Cusson