MAGAZINE CONSTAS

La nouvelle ACRGTQ : amplifier la voix du secteur génie civil et voirie

L’ACRGTQ et l’AQEI ont choisi de fusionner pour « parler d’une seule voix »

Le 18 février 2026, la fusion entre l’ACRGTQ et l’Association québécoise des entrepreneurs en infrastructure (AQEI) a donné naissance à la « nouvelle ACRGTQ ». L’ambition ? Gagner en influence et en crédibilité, du municipal aux grands chantiers.

par Steve Proulx

 

 

Jean‑François Turgeon, président du conseil d’administration de la nouvelle ACRGTQ, décrit une évidence longtemps vécue, sans être réglée : « Les deux associations représentaient pour la plupart les mêmes membres, qui ont les mêmes objectifs, les mêmes défis. » La fusion, explique-t-il, vise à éliminer le dédoublement et à concentrer l’influence. « Plutôt que d’avoir deux associations qui ont des revendications qui sont souvent les mêmes, [on voulait] une seule voix plus forte, plus représentative. »

Me Caroline Amireault, avocate, nouvelle directrice générale de l’ACRGTQ, assume le rôle de déclencheur. Après 17 ans à la tête de l’AQEI, son arrivée à l’ACRGTQ a accéléré l’histoire. « Je suis un peu la cause de ça ! » lance-t-elle. Quinze minutes après l’annonce de son départ de l’AQEI, se souvient-elle, les administrateurs ont demandé qu’on teste la faisabilité d’une fusion.

Sur le terrain, les missions étaient déjà entremêlées. L’ACRGTQ portait historiquement les grands travaux, l’AQEI avait développé une expertise serrée dans le milieu municipal. Mais, dans les faits, « on se dédoublait », reconnaît Me Amireault, sur des dossiers comme les normes, les coûts, le camionnage ou les relations avec le ministère des Transports et de la Mobilité durable. La fusion veut transformer ce doublon en levier.

L’effet est aussi mathématique. L’ACRGTQ comptait environ 650 entreprises membres et l’AQEI, environ 220, dont une forte proportion déjà affiliée à l’ACRGTQ. « Cette fusion nous permettra peut-être d’atteindre les 800 membres ! » projette Me Caroline Amireault. Dans un secteur qui regroupe entre 2 300 et 2 700 entreprises en génie civil et voirie au Québec, la masse critique change le rapport de force.

Les 100 premiers jours : cimenter l’unité

Dès le départ, le premier chantier a été politique et symbolique : installer l’unité, sans laisser planer l’impression d’une absorption. Jean‑François Turgeon parle d’un réflexe de base : « S’assurer du ralliement des deux associations à un haut niveau » et éviter toute idée de scission.

Concrètement, 7 sièges sur 25 au conseil d’administration ont été réservés à des représentants issus de l’AQEI, dont deux postes à l’exécutif. Un comité de gouvernance a aussi été mis sur pied pour revisiter les façons de faire. « Nous étions prêts à revoir nos façons de faire dans le but de nous améliorer en conservant les meilleures pratiques des deux organisations », dit M. Turgeon.

À la direction générale, l’automne a été occupé par la mécanique de fusion : rencontres de comités, assemblées générales extraordinaires, arrimage des équipes. Puis, très vite, retour au nerf du métier : le terrain politique. Me Amireault retient surtout la réaction des décideurs : « Ils sont très contents de la fusion. Et pour eux, on est un modèle à suivre. »

La fusion apporte aussi des outils. L’intégration du personnel de l’ACRGTQ et de l’AQEI renforce les expertises internes. Parmi les gains, une plateforme de formation prête à l’emploi. « Ça donne une source de revenus qui est récurrente en plus », souligne M. Turgeon.

Les échos des membres, jusqu’ici, sont positifs. Me Amireault note toutefois une condition claire : la nouvelle ACRGTQ devra démontrer qu’aucun segment n’est négligé, du municipal aux grands travaux, en passant par la signalisation. Jean‑François Turgeon résume l’état d’esprit : « Cette année, c’est une année de transition. »

Les décideurs publics sont très contents de la fusion.
Et pour eux, on est un modèle à suivre.

— Caroline Amireault

 


 

 


 

Des dossiers majeurs

Au-delà de l’organigramme, la nouvelle ACRGTQ veut participer au débat public sur des enjeux structurants.

Le premier est celui des infrastructures vieillissantes. Routes, infrastructures d’eau municipales, ponts, transports structurants : plusieurs actifs construits massivement dans les années 1950 à 1970 arrivent en fin de vie en même temps. « Le déficit de maintien d’actifs ne fait que croître », indique Caroline Amireault. L’objectif est de faire de cet enjeu un chantier collectif.

M. Turgeon insiste sur la crédibilité du message et sur l’importance d’une parole de coalition, pour éviter d’être réduit à une simple revendication d’entrepreneurs. « Le but, ce n’est pas de s’enrichir avec ça. C’est surtout que le Québec ne s’appauvrisse pas. »

Par ailleurs, l’ACRGTQ devra poursuivre son étroite collaboration avec Hydro-Québec afin d’accélérer la réalisation d’infrastructures énergétiques stratégiques. La mise en place du Plan d’action 2035 contribue à la transition verte et durable, à la compétitivité économique du Québec et à la mise en oeuvre efficace de projets structurants partout sur le territoire. Cette vision ne peut être réalisée sans l’expertise terrain des membres de l’ACRGTQ.

Enfin, autre dossier d’importance : les suites à donner à l’enquête de la coroner Me Andrée Kronström, concernant quatre décès survenus sur différents chantiers, dont deux signaleurs routiers et un décès lié à une excavation de tranchée. Me Amireault mesure l’onde de choc : « Je n’ai jamais vu une enquête de coroner se penche sur quatre décès en même temps. » Pour l’industrie, l’enjeu sera l’impact sur les pratiques, les obligations et la culture de santé et sécurité.

À ces priorités s’ajouteront les débats législatifs à venir, notamment sur l’adoption et les retombées du projet de loi n° 5 visant à accélérer l’octroi d’autorisations requises pour la réalisation de projets prioritaires et d’envergure nationale ainsi que les discussions sur les relations de travail en construction.

Se regrouper pour mieux bâtir

La fusion ACRGTQ-AQEI n’est pas qu’un exercice administratif. C’est un pari sur l’unité, la cohérence et la capacité d’agir.

Caroline Amireault le dit avec franchise : « Pour réussir ma job, j’ai besoin des membres. J’ai besoin qu’ils s’engagent. Je suis également convaincue du soutien qui sera apporté par l’équipe interne ». Jean‑François Turgeon évoque une année chargée, mais stimulante, parce qu’elle ouvre un espace concret pour « contribuer à améliorer les choses » et « faire avancer les dossiers ».

Si la nouvelle ACRGTQ réussit son pari, elle pourra démontrer qu’une industrie est capable de se rassembler, de parler d’une seule voix et d’influencer des décisions qui servent le bien commun.

Plutôt que d’avoir deux associations qui ont des revendicationsqui sont souvent les mêmes,
[on voulait] une seule voix plus forte, plus représentative.

— Jean-François Turgeon