MAGAZINE CONSTAS

Productivité : d’une culture d’exécution à une culture d’innovation

Hydro-Québec mise sur l’innovation pour réaliser son plan d’action 2035

« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » veut une citation faussement attribuée à Albert Einstein. Cette maxime résonne fort chez Michel Bouchard, directeur principal, Services aux projets, à Hydro-Québec. Constas s’est entretenu avec ce gestionnaire afin de connaître quelles avenues emprunter pour améliorer l’efficacité des grands projets de construction. Son message est clair : le moment est venu de repenser collectivement nos pratiques pour bâtir plus intelligemment, et ce, pour passer d’une logique d’exécution éprouvée, mais souvent rigide, à une approche où l’innovation devient un véritable moteur de productivité.

par Marie-Ève Martel

 

 

Parlez-nous de votre parcours et de votre rôle actuel à Hydro-Québec.

M. B. : J’ai débuté ma carrière au sein de diverses entreprises en construction pendant une dizaine d’années. Par la suite, j’ai travaillé pendant près de 20 ans comme directeur au sein d’une firme de génie-conseil spécialisée en projets majeurs. Pendant toutes ces années, j’ai travaillé sur des projets de construction majeurs au Québec, au Canada et aux États-Unis.

Quand Michel Charron a été nommé viceprésident aux projets de construction à Hydro- Québec et qu’on a annoncé le Plan d’action 2035, ça m’a interpellé. J’ai alors moi-même sollicité Hydro-Québec pour me joindre à son équipe. D’abord par défi, ensuite aussi parce que le projet de décarboner le Québec rejoint mes valeurs.

À ce poste, je souhaite amener une vision externe et mon expérience pour réaliser le plan, tout en m’assurant que les excellentes pratiques d’Hydro-Québec soient préservées. Je crois que c’est ce qui fait ma force : j’ai été à la fois dans le camp des entrepreneurs, dans celui des firmes de génie-conseil et dans celui du client.

Michel Bouchard, directeur principal, Services aux projets à Hydro-Québec.

 

En innovant, on augmente
notre capacité à faire plus.

— Michel Bouchard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Selon vous, comment peut-on optimiser la productivité dans l’industrie de la construction au Québec ?

M. B. : Peu importe ce qu’on fait, la productivité est toujours à améliorer. Il faut améliorer notre performance en gestion de projet, et aussi chercher des pistes de solution pour être plus compétitifs à l’échelle canadienne et mondiale.

Un des axes sur lesquels on travaille actuellement, c’est vraiment avec une approche du bout en bout, c’est-à-dire qu’il faut maximiser les possibilités d’innovation à toutes les étapes d’un projet, de sa conception jusqu’à sa mise en service, en passant par les études et le chantier. Ce qu’il faut, c’est de nous assurer que le projet en cours est plus efficient que le précédent.

Ce n’est pas juste une question de main-d’œuvre à pied d’œuvre, mais bien de planification du projet. Nous devons constamment challenger le statu quo pour devenir meilleurs.

On peut aussi y parvenir en maximisant les leviers d’expertise de nos partenaires. Si un entrepreneur a des idées innovantes, on va l’écouter et on va intégrer ces idées dans nos projets pour les rendre plus efficaces.

Quels obstacles doivent encore être surmontés pour que l’innovation devienne un levier systémique de productivité ?

M. B. : Le Plan d’action 2035 est de niveau international. C’est l’équivalent de la Baie-James de notre génération, et ça va augmenter la place et la prépondérance d’Hydro-Québec dans l’industrie du génie civil.

Il faut qu’on offre de la souplesse, en tant que donneur d’ouvrage. Il y a encore une certaine rigidité, notamment dans les appels d’offres.

On se pose actuellement la question, en interne et en table de travail avec différentes associations, sur la manière d’être plus ouverts à l’innovation dans le cadre de ces appels d’offres. Est-ce que ceux-ci favorisent l’innovation ou forcent la répétition des mêmes pratiques ?

On souhaite vraiment intégrer des pratiques innovantes dans les méthodes de construction, et aussi dans de nouveaux modes contractuels qui viendront changer les paradigmes actuels.

Dans un autre ordre d’idées, on a aussi la préoccupation de rendre nos projets et nos chantiers plus sécuritaires pour les travailleurs.

Concrètement, qu’est-ce qui peut être déployé afin de favoriser cette vision ?

M. B. : Nos équipes d’ingénierie travaillent actuellement à standardiser nos besoins pour que les projets soient facilement répétables. On veut s’assurer que ce qu’on demande à nos fournisseurs est vraiment le produit qui répond à nos besoins.

On souhaite aussi augmenter le niveau de préassemblage et de préfabrication en dehors de nos ateliers et de nos chantiers de construction pour gagner en efficacité et en sécurité.

Sur le plan des technologies, on se tient au courant des nouveautés. On a un plan qui nous permet de voir où on peut aller chercher des gains, notamment avec l’intelligence artificielle. Il n’y a pas de trop petites innovations.

On travaille aussi en partenariat avec différents ministères et la Commission de la construction du Québec pour faire part de nos besoins et y arrimer la formation. C’est aussi ça l’innovation : comme client, on communique l’information et nos besoins sur le long terme afin que l’offre soit ajustée en conséquence.

Aussi, on effectue une vigie constante pour être à l’affût des meilleures pratiques dans le monde. On regarde les projets comparables aux nôtres, quelles méthodologies sont adoptées, quelles innovations pourraient s’appliquer à nos propres projets.

On a une expertise solide en interne, mais on est très ouverts à comprendre comment les meilleurs, ailleurs, travaillent.

À court, moyen et long terme, quelles seront les retombées de ces actions ?

M. B. : Le premier résultat auquel on s’attend, c’est une amélioration de la santé et de la sécurité sur nos chantiers de construction.

Le second, c’est une augmentation, une amélioration de la performance globale de nos projets en termes de respect des échéanciers et des coûts. Parce qu’en innovant, on augmente notre capacité à faire plus.

L’innovation est incontournable dans le cadre du Plan d’action 2035 : c’est ce qui va nous permettre de réaliser toutes les mesures qui s’y trouvent. Parce que chaque innovation va s’appliquer automatiquement aux autres projets de notre portefeuille : donc on va tirer profit de nos succès en continu. C’est l’agilité historique d’Hydro-Québec qui nous a menés là.

Si vous aviez un message à livrer aux décideurs et aux entrepreneurs de l’industrie, que serait-il ?

M. B. : Je leur dirais d’être ouverts à la discussion et aux échanges. C’est ensemble qu’on peut chercher des solutions. Plus les innovations et les idées viendront collectivement, plus nombreuses seront celles qui seront appliquées. Et plus grands seront les bénéfices pour la collectivité.

Le Plan d’action 2035,
[…] c’est l’équivalent
de la Baie-James de
notre génération.

— Michel Bouchard