L’innovation, passage incontournable pour Hydro-Québec
Un virage numérique pour accélérer la transition énergétique
L’audacieux Plan d’action 2035 d’Hydro-Québec prévoit de nombreux projets et des objectifs plus qu’ambitieux. Pour atteindre les cibles stratégiques en matière de décarbonation et d’efficacité énergétique qu’elle s’est fixée, la société d’État mise sur un virage numérique et sur plusieurs innovations technologiques.
par Ève Martel
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« Le Plan d’action 2035 a généré une augmentation importante des projets à exécuter au cours des 10 prochaines années pour assurer la transition énergétique de la province », souligne Steve Chagnon, directeur Efficacité des projets de construction pour Hydro-Québec.
Il précise que le volume de projets prévu au cours de la prochaine décennie est de « deux à trois fois plus élevé » que ce qui a été réalisé annuellement au cours des dernières années.
Hormis leur nombre, la complexité grandissante des chantiers ou de leur environnement, la rareté de la main-d’oeuvre et l’acceptabilité sociale des projets s’ajoutent aux défis à relever.
« En conséquence, cela nous amène à nous demander comment on peut bien faire les choses, renchérit M. Chagnon. On ne peut pas exécuter autant de projets d’envergure sans songer à innover. »
Parmi les avenues envisagées par la société d’État, on trouve la préfabrication et la standardisation des projets et leur modélisation par données.
Préfabriquer pour mieux contrôler
L’industrie de la construction se tourne de plus en plus vers des modules préfabriqués pour gagner en temps et en efficacité sur les chantiers. Des sections entières d’un projet sont ainsi assemblées en usine, à l’abri des intempéries, puis transportées sur les chantiers pour y être installées.
« [La préfabrication] est un des grands leviers, reconnaît Steve Chagnon. C’est une tendance lourde qui permet d’améliorer la vitesse d’exécution en chantier. C’est une pratique qui réduit aussi les risques d’accident sur les chantiers, étant donné que les travaux sur ces modules sont faits dans un environnement plus contrôlé. »
Ce faisant, des chantiers échelonnés sur deux saisons en raison de la météo pourraient être réalisés plus rapidement puisqu’une partie des travaux aura été effectuée en amont, illustre le directeur.
Parmi des éléments pouvant être préfabriqués partiellement ou en entier, il mentionne les bases de béton, les structures d’acier de même que des panneaux de commande, des armoires ou des caissons.

Standardiser : plus de prévisibilité
Les risques techniques sont aussi plus gérables dans un processus de préfabrication. Le tout se prête également mieux à la standardisation des projets, c’est-à-dire à utiliser les mêmes procédés ou à construire des infrastructures similaires.
« On apprend des premiers modules et on les reproduit, ce qui accélère la livraison des projets, relève Steve Chagnon. Ça nous permet aussi de prévoir à plus long terme ce dont on va avoir besoin et donc d’assurer de la prévisibilité et de la sécurité dans notre approvisionnement auprès de nos fournisseurs. »
Aussi bien la préfabrication que la standardisation des structures doivent devenir des « réflexes à l’interne » au sein de la société d’État, plaide Steve Chagnon. « On doit voir ce qui peut être répété dans nos pratiques. Ça nous apporte des gains, pas seulement sur un cycle de construction, mais aussi sur le cycle de vie de ce qu’on bâtit. »
« Quand on standardise des concepts et des éléments d’infrastructure sur nos différents postes de transport et nos lignes, on vient créer une répétitivité dans la manière dont c’est bâti et une prévisibilité dans l’entretien et le remplacement de leurs éléments », poursuit le gestionnaire.
Pour la main-d’oeuvre, cela signifie aussi une standardisation de la formation et des procédures. Les mêmes outils peuvent être utilisés et les mêmes techniques de travail appliquées, ce qui ouvrira la voie à une plus grande productivité de la main-d’oeuvre et à des économies d’échelle.
« La prévisibilité, au sens large, nous permet aussi de savoir combien une portion d’un poste de transformation nous coûte si elle est standardisée. Ce sera donc plus facile de prévoir les coûts et d’avoir des échéanciers plus précis. »
Modéliser pour plus d’agilité
Depuis 2021, Hydro-Québec utilise également la modélisation des données du bâtiment (BIM).
Celle-ci a depuis été graduellement implantée dans les projets d’infrastructure de la société d’État pour « amorcer un virage numérique important en matière de conception, de construction et d’exploitation des infrastructures publiques, et ce, tout autant pour les bâtiments que pour les ouvrages de génie civil », indique-t-on à Hydro-Québec.
« C’est une méthode qui va bien au-delà du modèle 3D, insiste Steve Chagnon. C’est très humain. Ce qui fait le succès d’un projet à mes yeux, c’est la concertation des gens qui le planifient, le construisent et le mettent en service. »
La méthode BIM fait en sorte de mettre fin au travail en silo par les différents experts amenés à oeuvrer sur un projet. « Ça facilite la compréhension commune du projet, et la modélisation le rend plus détaillé, plaide le directeur. Comme ça, on comprend et on prévoit davantage d’enjeux avant même d’arriver à l’étape d’exécution, ce qui nous permet de gérer certains risques en amont du projet. »
La mobilisation, la clé de voûte
En dépit de cette ambition et de la bonne volonté des donneurs d’ouvrage, l’innovation doit faire partie d’une culture qui part du sommet et se rend jusqu’à la base de l’organisation.
« Instaurer une culture d’innovation est un travail quotidien, reconnaît Steve Chagnon. Il faut en parler régulièrement, sur toutes les tribunes et à tous les niveaux. Il faut aussi la systématiser et la mettre en action de façon continue. »
« D’en parler, c’est une chose, mais la mise en place [de solutions innovantes] est primordiale pour atteindre nos objectifs », complète-t-il.■
Instaurer une culture d’innovation est
un travail quotidien. Il faut en parler
régulièrement, sur toutes les tribunes et à tous
les niveaux. Il faut aussi la systématiser et
la mettre en action de façon continue.
— Steve Chagnon


